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Sénégal : 61 % des femmes journalistes et défenseures des droits humains interrogées déclarent avoir subi des violences basées sur le genre

14/10/26 21:30

Les violences basées sur le genre constituent une menace pour la sécurité des femmes journalistes et des défenseures des droits humains, mais aussi pour leur liberté d’expression et leur participation à la vie démocratique. Au Sénégal, 61 % des femmes interrogées dans le cadre d’une étude déclarent avoir été exposées à ces violences. Au Bénin, la proportion atteint 55 %.

Présenté en octobre 2026 dans le cadre du projet RECIT, le rapport d’Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) met en lumière l’ampleur des violences basées sur le genre (VBG) visant les femmes journalistes et les femmes défenseures des droits humains au Sénégal et au Bénin.


L’étude repose sur une approche mixte combinant recherche documentaire, groupes de discussion, entretiens individuels et questionnaire en ligne. Au total, 246 femmes ont participé à l’enquête dans 13 villes des deux pays.


Des violences multiples, en ligne comme hors ligne


Les résultats révèlent que les femmes concernées sont exposées à différentes formes de violences : physiques, verbales, psychologiques, économiques et sexuelles, mais également au harcèlement, au cyberharcèlement et aux discriminations.


Ces violences peuvent survenir sur le lieu de travail, dans l’espace public, au sein de la famille ou sur les plateformes numériques. L’engagement public, la défense des droits humains et le traitement de sujets sensibles, notamment politiques, peuvent accentuer les risques auxquels ces femmes sont confrontées.


Le rapport souligne également que les femmes défenseures des droits humains sont particulièrement exposées dans les deux pays. Les violences sont parfois exercées par des collègues ou des supérieurs hiérarchiques, des partenaires, des autorités publiques ou des personnes inconnues, notamment sur Internet.


Des conséquences sur la carrière et la liberté de parole


Au-delà des atteintes physiques et psychologiques, les violences ont des répercussions importantes sur la vie professionnelle, économique et sociale des victimes.


Au Sénégal, 37 % des victimes interrogées déclarent limiter leur prise de parole ou renoncer à certains sujets, un phénomène qui fragilise la liberté d’expression et le pluralisme des médias.


Le rapport indique également que 79 % des victimes au Sénégal subissent un impact modéré ou fort sur leur activité professionnelle. Les conséquences peuvent inclure des pertes de revenus, des inégalités de traitement, l’exclusion de certaines missions, l’isolement social ou encore l’abandon de la profession.


La peur des représailles, la stigmatisation, la méfiance envers les institutions ainsi que la lenteur et le coût des procédures contribuent au silence des victimes. Au Sénégal, seules 6 % des répondantes concernées ont déclaré avoir saisi la police ou le parquet, selon les données présentées dans le rapport.


Renforcer la protection et lutter contre l’impunité


Face à ces constats, le rapport appelle à une mobilisation collective des pouvoirs publics, des institutions judiciaires, des médias, des organisations de la société civile et des partenaires financiers.


Parmi les principales recommandations figurent la mise en place de mécanismes de signalement sûrs et confidentiels, le renforcement de la sécurité physique et numérique des femmes, l’adoption de politiques de prévention du harcèlement dans les médias et les organisations, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’accompagnement juridique et psychosocial.


Le rapport préconise également des mesures de protection spécifiques pour les défenseures des droits humains, une meilleure représentation des femmes dans les espaces de décision et la création de fonds d’urgence pour celles qui sont menacées.


Pour une participation citoyenne des femmes sans violence


Ces conclusions font écho aux objectifs du projet « Voix Citoyennes au Féminin : Radios communautaires contre les violences numériques et pour une participation démocratique inclusive », mis en œuvre par les radios communautaires AFIA FM, Manoore FM et Coorkat FM, avec le soutien d’Avocats sans frontières Canada et d’Affaires mondiales Canada.


À travers la sensibilisation, le dialogue citoyen, le renforcement des capacités et la mobilisation communautaire, le projet entend contribuer à la prévention des violences numériques et à la promotion des droits des femmes et des jeunes.


Protéger les femmes journalistes et les défenseures des droits humains, c’est préserver leur capacité à informer, à dénoncer les injustices, à défendre les droits fondamentaux et à participer pleinement au débat public.


La liberté d’expression et la démocratie ne peuvent être pleinement garanties lorsque les femmes sont contraintes au silence par la violence.

Penda Ngane Sougou 

Consortium des femmes

Dirigeantes de radios communautaires

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